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 Le 21 février dernier, le Tourisme de Mémoire, un débat AJT en partenariat avec l'AJJH





Compte-rendu du débat


  


 

Quand l’AJT joue les éclaireurs du tourisme de mémoire

Par Christian Bidault, membre de l'AJT

Sous les ors du musée de l’Armée aux Invalides, le débat organisé le 21 février par l’AJT sur le « tourisme de mémoire » laissera un grand… souvenir. Il a en quelque sorte joué les éclaireurs du Salon mondial du Tourisme (du 21 au 24 mars). Un SMT qui est placé cette année sous le signe des deux anniversaires de 2014, le début de la
« Grande guerre » en 1914 et la Libération de la France en 1944.
Qu’est-ce que ce « tourisme de mémoire », baptisé auparavant « tourisme militaire » ? Quelle réalité économique ? Comment concilier respect du devoir de mémoire et réalités financières…? Telles sont quelques-unes des questions que notre association a voulu poser.
Il faut croire que les réponses passionnaient pas mal de monde puisque plus d’une centaine d’invités ont assisté à cette matinée à l’Hôtel des Invalides de Paris. Organisé conjointement par le musée de l’Armée, l’Association des Journalistes du Patrimoine et l’AJT avec Jean-Luc Bouland à l’initiative et à la (grande) manœuvre, ce débat a confirmé combien ce volet si particulier du tourisme prenait ces dernières années de l’essor et générait de retombées, qu’elles soient économique ou mémorielles. Alors que notre pays, et c’est heureux, vit en paix sur son sol depuis 70 ans justement.

 

Izieu n’est pas Disneyland

« On ne va pas à Izieu comme on visite Disneyland » a lancé Renaud Ferrand, directeur de la Mémoire , du Patrimoine et des Archives au Ministère de la Défense qui, le premier au cours du débat, a défriché ce tourisme « objet non identifié » pas comme les autres, au « carrefour du tourisme, de la culture et de l’histoire ». Même mal défini et, pour l’instant, en mal de véritable organisation, ce tourisme représente croit-on savoir (en 2010) 6,2 millions de visites (dont 4 millions pour les sites les plus fréquentés), un chiffre d’affaires de 45 millions d’euros, alors que seulement 20% des sites sont payants, emploient 1.300 salariés soutenus par 2.000 bénévoles.
Véritable « enrichissement civique » pour les jeunes générations et « éveil de la conscience du citoyen » pour tout le monde, le tourisme de mémoire n’est pas né aujourd’hui. Bien après la Libération, le général de Gaulle a voulu donner  dans les années 60 sept lieux de mémoire à une patrie qui s’était écartelée durant l’Occupation : le Mont-Valérien, symbole de la France combattante, le Mont-Faron pour le débarquement de Provence, Montluc pour la Résistance, le Mémorial des guerres d’Indochine à Fréjus, Struthof pour la déportation…
Puis le tourisme de mémoire a suivi les contours de la décentralisation. Dans les années 80 ce sont les territoires (régions, départements, communes) qui ont pris le relais de l’Etat et drainé les visiteurs avec, en première ligne, le front de l’est et du nord-est de l’hexagone.
Autre intervenant riche en expérience, Guy Vallembois, directeur de l’Office de Tourisme de Reims, a raconté comment il avait fédéré 42 territoires dont Lille, Arras et Béthune, pour en faire l’Association du Tourisme de Mémoire de la Grande Guerre.

 

Comprendre ce que leurs ancêtres ont vécu

« Il s’agit de savoir d’où l’on vient » a commenté Guy Vallembois qui a aussi insisté, à juste titre, sur la notion de paix à encourager chez les jeunes Français et les jeunes Allemands.
Autre témoignage édifiant, celui du directeur du mémorial de Caen, consacré notamment au débarquement allié de 44, Jean-Yves André, directeur commercial, un musée géré par une SEM (Société d’économie mixte) qui conjugue « le service public »  et « la réactivité du privé ». Sur les 600.000 visiteurs, 70% sont des Français et 30% des scolaires.
Guide à Verdun, passionnante et passionnée, Florence Lamousse a dit à son tour combien ce qui plaît aux familles visiteuses, « c’est le terrain de l’authenticité » et précisé que « Les visiteurs préparent longuement leur voyage pour bien comprendre ce que leurs ancêtres ont vécu ».

Ces commémorations de deux guerres vont faire déferler, « envahir » pour la bonne cause cette fois, notre pays par des visiteurs étrangers venus en pèlerinage sur les traces de leurs ancêtres. « Les Américains font parfois de ces pèlerinages sur les lieux de combats un cadeau d’anniversaire », témoigne Florence Lamousse. « C’est une opportunité unique, notre pays va être sous les feux de la rampe », prévient Christophe de Chassey d’Atout France. Raison de plus pour offrir à nos hôtes en ce domaine délicat, « une signalétique, un accueil de qualité… On ne peut pas délivrer n’importe quel message dans n’importe quelles conditions ».
Qui dit militaire dit conflit et forcément cicatrice dure à refermer : comme à Oradour-sur-Glane où, comme en témoigne une personne travaillant au CDT, une main a écrit sur des vitrines « Oradour égale business ». « Comment communiquer sur des sites aussi sensibles ?», s’est demandée la guide. « Comment transmettre l’indicible ? » a ajouté Renaud Ferrand.
Y a-t-il un tourisme de mémoire sélectif, peut-on oublier, occulter les pages noires de notre histoire au nom de la vérité officielle, comme la torture en Algérie, les soldats déserteurs fusillés en 14-18…?
Reste à savoir jusqu’où remontent la « mémoire » et sa traduction touristique ? Les fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans qui chaque 8 mai commémorent la prise de la ville aux Anglais (1429) sont-elles un évènement mémoriel ? Gergovie est-il un site de mémoire militaire au même titre que Verdun ? A quel moment le tourisme de mémoire se transforme t-il en tourisme d’histoire ?

Après les premières assises du tourisme organisées au Sénat en 2011, ce débat, trop court, initié par l’AJT, a montré combien ce phénomène se développe à mesure que la mondialisation économique dilue nos racines et notre patrimoine mémoriel et culturel.



Un semestre par guerre

- Comment commémorer ces deux anniversaires que sont le début de la Grande Guerre de 1914 (100ème) et le débarquement allié (70ème) dans la même année 2014 ? Une confusion mémorielle qui avait fait naître une polémique entre le monde combattant et les pouvoirs publics. Pour « clarifier » les choses, comme l’a expliqué Renaud Ferrand, l’année 2014 sera divisée en deux : le premier semestre sera consacré au débarquement de 1944 et le second à la guerre de 14. « Pour que cela soit compréhensible par le grand public ».
- Même séparation des deux conflits sur le stand qui sera consacré au tourisme de mémoire au Salon mondial du Tourisme. Au départ n’était prévu qu’un pavillon de 150 m2 mais il grandit à vue d’œil au fur et à mesure que le salon approche. Il sera composé par les hauts lieux de mémoire. Prochainement sera aussi mis en ligne un site sur les « chemins de la mémoire » en France et un atlas des nécropoles.
 



Cimetière : une mémoire harmonieusement cultivée


Il n’y a pas eu assez de temps lors de ce débat pour cultiver plus avant un thème original et remarquable, le traitement et les aménagements paysagers des cimetières militaires. Michel Racine, chroniqueur et ancien enseignant de l’Ecole nationale du Paysage, en projetant quelques images a montré combien l’Angleterre et, à un moindre niveau, le nord de la France se préoccupaient de rehausser l’esthétique végétale de ces lieux de mémoire et de pèlerinage.
 



Chambon-sur-Lignon : le village des justes


Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) est un beau village du Vivarais. Durant l’occupation, les habitants ont recueilli et abrité de nombreux juifs et surtout des enfants. Un village juste. Mme Eliane Wauquiez-Motte, le maire, est venue dire durant le débat qu’un lieu de mémoire allait être bientôt inauguré pour rappeler aux jeunes générations cet engagement magnifique des habitants dans cette résistance à la fois civile, spirituelle et armée. En 1990 le Chambon et ses habitants ont été élevés par Israël au rang de « Justes parmi les nations » et ont reçu un diplôme d’honneur Yad Vashem. Un jardin porteur de sérénité prolongera la réflexion du mémorial qui ouvrira dans les prochains mois.
 


Les invalides : le hub historique en 2014


Visite des Invalides par Jean-Luc BoulandAprès le Louvre, Versailles et Beaubourg, le Musée de l’Armée à Paris est le troisième musée le plus visité de France avec 1,4 millions de visiteurs. « Ce sera pour le centenaire de la grand guerre le hub historique des visiteurs avant que ceux-ci ne se dirigent vers les lieux de mémoire de l’hexagone », a indiqué en guise de mot d’accueil le général de division Christian Baptiste, directeur du Musée de l’Armée. C’est un musée remarquable que celui des Invalides, n’hésitez pas, que vous soyez pacifiste ou pas, à y emmener vos enfants. En l’absence d’un Musée de l’Histoire de France dont l’idée a été abandonnée, le musée retrace toutes les époques de notre pays, avec des collections d’une richesse patrimoniale qui débordent largement du cadre militaire.

www.musee-armee.fr
 






Pour aller plus loin

 

Réalités et perspective du tourisme de mémoire

A l’occasion du débat organisé par l’AJT le jeudi 21 février 2013 au musée de l’Armée, en prémisse du pavillon consacré à ce sujet lors du Mondial du Tourisme de mars prochain, les journalistes de l’AJT et leurs partenaires ont tenu à vous proposer quelques témoignages sur les lieux et les événements qui sont inscrits dans cette thématique (respectant strictement la définition officielle : sites militaires issus des deux guerres mondiales), ou bien lieux et événements qu’ils souhaiteraient y voir figurer. En bonne illustration du sujet du débat, “Réalités et perspective du tourisme de mémoire”. D’autres textes vous seront proposés dans les semaines à venir. Découvrez un extrait des témoignages.


Pour découvrir plus de témoignages, rendez-vous sur le site de l'AJT en cliquant ici.


Jardins et mémoire, découvrez la présentation de Michel Racine, membre de l'AJJH en cliquant ici.




Somme
Souvenirs de la guerre de 14/18


Par Sandrine Mercier (membre de l'AJT)

Rien de tel qu'un week-end dans la Somme pour réviser en plein air ses cours d'histoire. Le 1er juillet 1916, les alliés lancent une gigantesque offensive. Au sein des 26 divisions britanniques qui partent au combat, on compte une trentaine de nationalités. Il s'agit bien de la Première Guerre mondiale. Quand l'opération cesse en novembre, on dénombre des deux côtés plus de 900 000 morts. Aujourd'hui encore, dans un paysage de champs de betteraves, les traces de la bataille de la Somme sautent aux yeux. Pas moins de 310 cimetières liés aux troupes Commonwealth sont disséminés à travers la campagne. À Thiepval, un colossal mémorial surgit au milieu du bois avec sur ses seize piliers les noms gravés de 72 000 soldats morts. Plus loin à Beaumont-Hamel, sur un rocher, la sculpture monumentale d'un caribou rend hommage aux soldats du régiment de Terre-Neuve tombés ici. Cent ans après, les tranchées sont encore bien préservées. L'Historial de Péronne qui fête ses 20 ans présente une collection d'objets et de films qui donne toute sa chair à la guerre. Si ça ne vous a pas coupé l'appétit, il y a un petit resto à La Boisselle, The Old Blighty. Jon, 100 % english, venu sur les traces de son aïeul disparu en 1916, a finalement décidé de vivre dans ces paysages paisibles qui ondulent. Des paysages qui auraient pu calmer les esprits. Mais non.



Le cimetière chinois de Nolette (Noyelles sur Mer - 80)
Un bout de jardin, rendez-vous avec l’Histoire et l’humanité


Par Patrick Glémas (Président de l'AJJH)

II y a des années, intrigué par des panneaux routiers qui indiquent la présence d’un cimetière chinois en baie de Somme, j’ai laissé ma curiosité me guider. Bien m’en a pris : j’ai découvert, au bout d’un chemin défoncé – il a été refait depuis -, le cimetière de Nolette. Planté au milieu de champs de blé et de betteraves, ce carré vert ponctué de blanc semble bien isolé. En son centre, un pin penché par le vent s’élève, tel un fanal. Tout autour, un muret marque la limite. Un porche à l’architecture asiatique sert de poste frontière.
Car, une fois le portail franchi, un autre monde s’offre à moi. Sur un écrin de gazon entretenu à l’anglaise, des stèles en marbre blanc – 849 exactement – sont alignées, toutes fleuries. Sur chacune d’elles, une inscription en chinois et en anglais, parfois le nom du défunt, sinon la mention « inconnu », et toujours son matricule. Au centre, le pin trône à la croisée des allées, un banc en demi-cercle à son pied. Dans un coin, des pommes posées sur des gobelets en plastique. Déplacées pour un Occidental, elles sont des offrandes aux ancêtres déposées là par des Chinois de passage.
Étrange lieu que ce cimetière militaire où j’erre seul entre les tombes. Curieusement, je m’y sens bien : l’endroit est paisible et serein, hors du temps et du monde. Mais qui sont ces Chinois ? Leur histoire et leurs identités sont consignées dans un registre, à l’entrée.
Ces hommes* faisaient partie du «  Chinese Labour Corps » que les Anglais ont fait venir en 1917, en pleine Grande Guerre, pour réparer les infrastructures militaires. Ils étaient 94000 au moment de l’armistice. Ces 849 travailleurs sont morts du choléra ou de la grippe espagnole, à l’hôpital du « Native Labour», situé près de l’important camp de Noyelles-sur-Mer. Ils reposent maintenant dans ce bout de terre anglaise.
Chaque fois que je passe à proximité, je fais le détour. L’endroit est bucolique et paisible. Je flâne entre les tombes, porté par les massifs de fleurs. Je passe un long moment sur le banc, à l’ombre du pin. Je regarde les nuages filer dans le ciel. Je me laisse emporter par la méditation.
Rien de morbide dans ces visites ! Ici, je me ressource, aussi étrange que cela puisse paraître. Je viens à l’Histoire pour trouver la paix, le calme, la sérénité, la sagesse, l’humanité… Je viens aussi rendre hommage et remercier ces hommes venus de loin pour nous aider. Quelque part, je suis en harmonie avec ces « Célestes » Chinois.


* Sous la responsabilité de l’armée britannique, ces travailleurs Chinois avaient interdiction de se mêler à la population civile. Ils étaient cantonnés dans des camps entourés de plusieurs lignes de barbelés. La discipline y était très stricte : malheur à celui qui dérogeait au règlement. Les coups pleuvaient. Ces Chinois n’étaient pas sujets d’une grande considération… Affectés, par un décret signé avec les autorités chinoises de l’époque, à des travaux civils à l’arrière du front, nombre d’entre eux ont connu les combats. Ils déminaient les terrains reconquis et récupéraient les morts sur les champs de bataille. Sans oublier la blanchisserie ! Infatigables, ils surprirent les Européens par leur vivacité, leur endurance et leur joie de vivre.

Le cimetière de Nolette, installé en 1920 sur la commune de Noyelles-sur-Mer, dans la Somme, est entretenu par la « Commonwealth War Graves Commission ».

 
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